Etincelles

Comment devient-on collectionneur de livres de Noël ?


Tout encapuchonné, le petit palmier du carrefour a pris ses quartiers d'hiver et, depuis peu, la neige a recouvert son parterre d'une couche moelleuse et blanche qui fait bien quinze centimètres... Maintenant, esseulé au milieu de cet espace blanc, le pauvre petit palmier ressemble à une grande cuillère, plantée à l'envers dans un plat de riz au lait !
Les oiseaux ont déserté la double allée d'érables de mon avenue et même la corneille ne se dandine plus autour du banc des badauds, en face de chez moi. Il est vrai qu'il n'y a plus de badauds, il fait bien trop froid...

guirlandes Noël s'est fait économe en énergie : les ampoules des guirlandes lumineuses n'éclairent plus guère mais flottent, de branche en branche, telles de petits flocons bleus.
C'est le moment de faire appel à toute son énergie interne et de se souhaiter, les uns aux autres, d'heureuses et chaleureuses fêtes et une excellente année nouvelle !

Renée Fuks.

P.S. Pour rester dans la note, je vous propose, ci-après, une histoire "Noelique" à souhait, extraite d'une conférence que j'ai eu le plaisir de donner à Redu il y a deux ans, au moment des Fêtes et qui a pour titre...

raconte Comment devient-on collectionneur de livres de Noël ?

Voilà un titre qui peut être compris de différentes manières, suivant l'accent que l'on y met... 

Le ton exclamatoire du badaud, ébahi, à la limite de l'incompréhension, du genre «comment peut-on être collectionneur de livres de Noël !?» somme toute, le ton des parisiens dans les «Lettres Persanes» de Montesquieu : «Comment peut-on être Persan ?» ... Cela défie l'entendement et nous mène au ton suivant...

Le ton inquiet  «Comment devient-on»... «Est-ce qu'un collectionneur n'est pas un peu »...bref, on s'interroge sur le psychisme du collectionneur. Il est donc normal que je vous propose la réponse rassurante d'un psychologue clinicien français, Olivier Coron, dans son étude sur la psychologie du collectionneur : «Les collectionneurs ne fréquentent pas particulièrement le cabinet du psychanalyste, même si parfois, l'entourage épuisé par ce vice voudrait bien l'y conduire afin de l'en débarrasser... »

Dans le même ordre d'idées, j'ai relevé sur le net une longue liste de noms de collections où les collectionneurs sont qualifiés de «philes» - c'est à dire amateurs, amis – des objets collectionnés, comme par exemple, les collectionneurs de billets de banque sont des ???  « Billetophiles » - les collectionneurs d'étiquettes de boîtes de camembert sont des ???  « Tyrosémiophiles » - ceux qui collectionnent les boîtes d'allumettes sont des « Philuménophiles », tandis que ceux qui collectionnent les allumettes seules, sans leur boîte, sont des « Cumixaphiles ». Rien que de normal, comme vous voyez...

Par contre, j'éprouve un sentiment de gêne, voire d'injustice, quand je vois que, seuls de la longue liste, les collectionneurs de chemins de fer sont taxés de « Ferrovipathes » ! Ils souffrent donc, ces malheureux ? Evidemment, vu le poids... J'aurai une pensée émue pour eux chaque fois que j'éprouverai des regrets de collectionner des livres plutôt que des timbres poste...

Enfin, le ton amical, curieux, un rien poétique, qui est celui que je préfère et avec lequel je vous propose d‘aborder le sujet, comme le fait cette association de collectionneurs du Lot, dont j'ai découvert le site et qui dit : « Les collections contribuent à garder vivante notre mémoire et peuvent être une source inépuisable pour les chercheurs, les conteurs d'histoire, les amateurs du temps qui passe et qu'il faut retenir. »
N'est-ce pas joliment dit ?
« Amateur du temps qui passe et qu'il faut retenir »...Je me sens à l'aise dans cette définition, c'est là que je situe ma démarche.

Mais pourquoi, me direz-vous, les livres et particulièrement les livres de Noël ?
Pour trouver un début de réponse, je vais vous entraîner loin, très loin...
Loin dans le temps...vers le début de la seconde Guerre mondiale...et loin dans l'espace : en Chine du Nord et précisément à Tientsin – on dit maintenant Tian Jin – près de Pékin.
C'est là que je suis née, c'est là que j'ai grandi jusqu'à l'âge de 10 ans et que ma première petite sœur est née...
Nous avions des parents grands voyageurs et grands conteurs d'histoires... Essayez de vous représenter une ville très européanisée, avec ses bâtiments allant du Néo-classique à l'Art-Déco, ses églises, ses magasins des années '20 et '30, ses centres culturels, son école de danse, sans oublier une bibliothèque et une authentique école municipale française, dont je serai l'élève dès l'âge de 5 ans...
Mais là, je n'ai que 3 ans et c'est l'un de mes plus anciens souvenirs : juchée sur les épaules de mon papa, j'attends au milieu de la foule, dans la vieille librairie allemande aux boiseries sombres...J'attends comme beaucoup d'enfants et l'impatience est palpable...Derrière le comptoir, un escalier droit mène aux étages...

Soudain, un pas lourd se fait entendre : on descend l'escalier, les marches grincent, de gros souliers noirs apparaissent, puis le bord en fourrure blanche d'une longue houppelande rouge...encore quelques pas et... le voilà, tout entier, immense, avec sa barbe blanche et son capuchon : le PERE NOEL !
Vision mystérieuse, un peu effrayante, magique.
Avec le temps, le mystère est devenu peu à peu familier. La peur a disparu, la croyance aussi...Mais le goût du « magique » est resté, ce même « magique » que j'évoque avant de raconter une histoire, lorsque, assise et formant cercle avec des enfants, nous faisons le signe des mains « cric-crac, MAGIQUE ! » et l'histoire peut commencer.

Très vite après ce premier souvenir, viennent ceux de mes premières lectures. Hélas ! C'est la  guerre, on ne trouve plus beaucoup de livres à Tientsin. Pour mes 6 ans, papa me déniche une édition anglaise de Winnie l'Ourson, de Milne et j'ai aussi une vraie bande dessinée belge, envoyée par mes grands parents de Belgique : « Nounouche, la Petite Ourse », que la censure japonaise a bien voulu laisser passer...
Mais c'est à la bibliothèque que je dévore tout ce que je peux trouver : Babar, ce cher Babar, et puis Nane et ses petits frères, les jumeaux Plic et Ploc,  les histoires de « Josette » et ses poupées, toute la Comtesse de Ségur, Hector Malot,  Wilhelm Busch, Grimm, La Fontaine, Andersen, Perrault...
Un trésor que j'assimile...mais qui ne m'appartient pas !
Et c'est peut-être mieux ainsi, quand on saura qu'en 47, pour revenir en Belgique (« venir » pour ma sœur et moi !) nous n'avions droit qu'à très peu de bagages. Mes jouets et mes rares livres personnels sont restés là-bas...sauf mon petit livre de Milne, reçu pour mes 6 ans...
C'est dans les frustrations que naissent les plus fortes vocations, sans doute !
Ce n'est donc pas par hasard que j'ai fait mes études de bibliothécaire...Pas un hasard non plus si j'ai fait partie des pionniers de l'histoire un peu folle du Village du Livre de Redu...

Et ce n'est donc absolument pas par hasard, mais avec une grande joie, que je vous présente ici quelques images de ma collection de livres sur le thème de Noël !

nol nol st nicolas

Renée Fuks, auteur-scénariste
Email: renee_fuks@skynet.be

 

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