Etincelles

La fille qui raconte des histoires

raconte

Amis Lecteurs, bonjour! Le printemps éclate à mes fenêtres, en fanfare, brusquement et du jour au lendemain! Au carrefour où j'habite, la double rangée de vieux tilleuls de l'avenue perpendiculaire à la mienne salue la double rangée d'érables de mon avenue, dans un grand frémissement de feuillages verts et pourpres. Le rond-point qui les sépare s'est garni d'un parterre de pensées multicolores avec, en son centre, un pauvre petit palmier, insolite en ce lieu, rescapé de l'hiver...

Et si j'écrivais pour vous les "Chroniques du petit palmier"? Ou d'autres récits? Aimez-vous les histoires ? Pour ma part, je ne résiste pas au plaisir d'en inventer, de les écrire et de les raconter, à tout public, sans distinction d'âge, alors je vous donne rendez-vous, ici, sur mon site, à la rubrique "Etincelles" et je vous propose, comme première histoire, la mienne, celle de...

"LA FILLE QUI RACONTE DES HISTOIRES"

Propulsée par un puissant vent de sable, je suis tombée dans mon chaudron-aux histoires comme Obélix dans celui de la "potion magique".

C'était en avril 1937, à Tientsin, comme on disait alors, près de Pékin.

Charrié par le vent, le sable arrive du désert du Gobi et vous envahit: couvrez-vous bien le visage si vous devez sortir! Malgré votre voile de mousseline, le sable, en un instant, vous crisse entre les dents, vous pique les yeux, vous remplit les narines. L'air est opaque et jaune et les passants ont des allures de fantômes...

A la maternité de l'Hôpital Général Français, maman peine à me mettre au monde et papa, freiné par l'intempérie, ne parvient pas à la rejoindre.

C'est ma toute première histoire. Il y en aura tant d'autres!

Autour de mon berceau, les fées conteuses se bousculent.

Du côté de maman, on est belge et de Liège et les histoires sentent bon le pain et les desserts du dimanche après la messe. Elles évoquent la lueur des hauts-fourneaux, le Tram Vert qui brinquebale et les étalages de St Nicolas sur la place Saint Lambert. raconte

Pendant les vacances, elles courent, ces merveilleuses histoires d'un monde qui m'est encore inconnu, elles courent, pieds nus dans l'eau froide d'un ruisseau d'Ardenne!

Du côté de papa, on est de ces nombreuses familles juives dispersées à travers le monde, venues de Pologne ou de Russie, pour s'installer en Mandchourie et puis en Chine.

On perpétue la Tradition, on apprend toutes les langues, on envoie son fils aîné faire ses études au loin, en Belgique, par exemple...

Et ce fils rencontre une petite belge, de Liège. Et voilà mes parents. L'un et l'autre racontent si bien leurs histoires!

J'ai aussi une fée conteuse aux yeux bridés, ma merveilleuse Amah, qui m'apprend des chansons chinoises et des comptines anglaises...

Du berceau à la rue, de la rue au parc et du parc à la maison de grand-père, ou chez mes amis, ou à l'école municipale française, ma route est jonchée d'histoires...

Certaines sont effrayantes, comme ces cris des soldats japonais, nos occupants, qui s'exercent aux arts martiaux dans un casernement proche...on s'habitue, mais quand même...

D'autres sont un peu fantastiques, comme la vision de ces grappes de masques accrochés aux boutiques du Marché Couvert, ou le fracas des pétards et l'odeur de poudre qui flotte sur le Nouvel An chinois...

Il y a les histoires d'été, avec le train pour aller à la mer et les histoires d'hiver, où l'on patine sur la glace, avec une place toute particulière pour les histoires de Noël, où le sapin s'est soudain matérialisé au salon, précédé par son inoubliable parfum...

Il y a aussi, plus vraies que les vraies, les histoires que l'on découvre dans les livres et qui vous font des amis pour la vie: merci, Jean de Brunhoff, pour la Vieille Dame qui aime bien les petits éléphants! Babar, grâce à elle, ne sera jamais seul dans la grande ville... Merci, André Maurois pour la délicieuse leçon de tolérance des Patapoufs et des Filifers!

Et puis, tout d'un coup, il y a des histoires où le monde bascule: les soldats américains nous ont libérés de l'occupation japonaise et nous aborderons bientôt de nouveaux univers: en 1947, nous quittons la Chine, mes parents, ma première petite sœur et moi, pour "rentrer" en Belgique... Adieu, Grand-père, le bateau nous attend à Shanghai. Il va nous mener vers d'autres histoires.

raconteToutes ces histoires tissent un quotidien très dense et varié, qui parle à l'imagination et si, comme moi, vous êtes né en plein carrefour de cultures, religions, races, langues, civilisations, époques, vous serez peut-être, vous aussi, déboussolé toute votre vie, vous demandant en vain à quel coin de terre vous appartenez vraiment, mais, soyez assuré qu'à tout le moins, vous aurez toujours avec vous un plein sac d'histoires à raconter!


Renée Fuks, auteur-scénariste
Email: renee_fuks@skynet.be

 

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